14 milliards d’euros : les ventes d’armes françaises toujours au zénith

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L’ancien ministre de la défense Jean-Yves Le Drian avait évoqué début 2017 le chiffre de 20 milliards d’euros d’exportations d’armement français sur l’année 2016. Le couperet est tombé vendredi 7 juillet : ce sera finalement 14 milliards.

Le rapport annuel au Parlement sur les exportations d’armement, publié par le ministère des Armées sur la base des chiffres de la Direction générale de l’armement (DGA), acte un léger recul par rapport aux 16,9 milliards d’euros de 2015. Pourquoi 14 milliards, et pas les 20 évoqués à Brienne en début d’année ? Parce que la DGA, contrairement à Jean-Yves Le Drian, n’a pas intégré le contrat géant des sous-marins australiens dans ses calculs, arguant qu’il n’est pas entré en vigueur.

L’Arabie Saoudite dépassée par l’Inde

La querelle de chiffres ne doit pas masquer le grand enseignement du rapport 2017 : si le record de 2015 n’est pas battu, le chiffre de 14 milliards d’euros n’en reste pas moins à un niveau historiquement haut. De 2007 à 2012, les prises de commandes annuelles d’armement français à l’export s’établissaient plutôt entre 4 et 8 milliards d’euros. Le quinquennat de François Hollande a marqué une nette accélération, notamment grâce aux trois commandes export du chasseur Rafale (Egypte, Qatar, Inde, 84 appareils en tout). Pour la première fois, les prises de commandes export auront ainsi dépassé, en 2015 et en 2016, les achats d’équipements par la France, qui sont de l’ordre de 11 milliards d’euros par an. Si les Etats-Unis restent intouchables, avec 33,6 milliards de dollars de ventes d’armes en 2016, la France a, encore une fois, battu la Russie en 2016: Moscou s’est contenté de 12,44 milliards d’euros de ventes d’armes l’année dernière. La France devrait aussi rester devant le Royaume-Uni, qu’elle avait déjà devancé en 2015.

A qui la France vend-elle ses armes ? L’Arabie Saoudite, longtemps premier client, perd clairement du terrain, comme l’a montré l’enquête de Challenges publiée le 3 juillet. Riyad est même devancé par l’Inde sur la période 2007-2016 : Delhi représente 15% des prises de commandes françaises des dix dernières années, et plus de la moitié des prises de commandes 2016 (8 milliards sur 14). Suivent le Qatar, l’Egypte, le Brésil, les Emirats Arabes Unis, les Etats-Unis, Singapour, le Royaume-Uni et le Maroc. L’Union européenne ? Elle est aux abonnés absents, ou presque, avec seulement 486 millions de prises de commandes, soit moins que la seule ville-Etat de Singapour. De quoi relativiser l’optimisme récent sur l' »Europe de la défense ».

30.000 à 40.000 emplois créés en France

Si leur niveau élevé fera forcément débat, le niveau élevé des exportations d’armement françaises est une bonne nouvelle pour l’emploi en France. « Le haut niveau d’exportations des années récentes laisse présager la création de 30.000 à 40.000 emplois sur 10 ans, soit un doublement du nombre de salariés dédiés aux opérations d’exportation », souligne le rapport du ministère des Armées. Le document rappelle aussi que « l’industrie de défense représente environ 165.000 emplois, soit près de 4 % de l’emploi industriel français, pour la plupart à haute technicité et qui ne peuvent pas faire l’objet de délocalisations ». Le secteur français de l’industrie de défense, appelé base industrielle et technologique de défense (BITD) par les spécialistes, consiste en une dizaine de grands groupes de taille mondiale (Airbus, Dassault, Thales, Safran, Nexter, MBDA…) et de 4.000 PME, dont 350 à 400 sont considérées comme stratégiques, c’est-à-dire associées à la souveraineté de la France.

La France va-t-elle réussir à confirmer son statut de gros bras des ventes d’arme ? Le cabinet IHS Jane’s en est persuadé : « En 2018, la France va passer de la troisième à la deuxième place mondiale des exportateurs d’équipements de défense, devançant la Russie pour la première fois depuis des décennies », assurait-il fin 2016 dans sa dernière étude sur les exportations d’armement.

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Rédacteur en chef du site Repha.fr spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.