Après Macron au Congrès, Philippe passe au «discours de la méthode»

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Au lendemain de l’intervention solennelle d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles, Edouard Philippe décline mardi «le discours de la méthode» de l’exécutif, notamment sur les volets économique et social, où le chef de l’Etat ne s’est guère aventuré.

Le Premier ministre s’est rendu mardi matin, à pied, à l’Assemblée nationale pour un bref passage à la conférence des Présidents –«je respecte les usages, c’est bien naturel», a-t-il déclaré– et au groupe La République en Marche.

Voilà près d’un mois que l’ancien maire LR du Havre peaufine avec ses conseillers la déclaration de politique générale qu’il prononcera à 15H00 à la tribune, pour le premier grand discours de celui qui était, il y a moins de deux mois, un inconnu du grand public.

Selon un sondage Harris pour LCP, 6 Français sur 10 estiment que la majorité parlementaire est dirigée par Emmanuel Macron lui-même, 28% par le président du groupe REM Richard Ferrand et à peine 10% par Edouard Philippe.

Le discours, qui sera lu au même moment au Sénat par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, «sera un discours de la méthode, un discours politique d’exécution: ce qu’on va faire, comment on peut le faire et, ce qu’a déjà largement expliqué le président, pourquoi on va le faire. C’est, même si le terme est souvent galvaudé, un discours pédagogique», avance l’entourage du chef du gouvernement.

L’annonce du discours présidentiel à Versailles avait laissé planer le risque d’un discours d’Edouard Philippe phagocyté par un chef de l’Etat accusé d’«hyperprésidentialisation».

Mais le jeune chef de l’Etat s’est finalement cantonné aux domaines réservés: institutions, international, dans un discours très solennel centré sur les valeurs. Chargeant son numéro deux de «donner corps» à sa vision, avec un langage de «vérité», selon entourage.

Les précédentes déclarations de politique générale ont été relues avec attention, notamment celles de Michel Rocard, dont l’étudiant Philippe était un admirateur, et évidemment celle d’Alain Juppé, son mentor.

Doivent occuper une large place l’économie, le social, mais aussi les finances publiques, sujet rendu encore plus délicat après l’avertissement de la Cour des Comptes sur la situation budgétaire au sortir du quinquennat Hollande.

Le discours «ne va pas arrêter le calendrier mensuel de toutes les actions gouvernementales pour les cinq ans qui viennent, mais va déterminer sujet par sujet ce qui est de notre responsabilité, y compris sur le redressement des comptes publics», a précisé le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner.

Le Premier ministre «fixera des priorités, il crée un agenda, avec un calendrier, des chiffres et une méthode: tout n’est pas arbitré au détail près mais, en matière budgétaire, il y aura quelques pistes», le détail devant suivre d’ici fin juillet lors d’un débat budgétaire, explique-t-on à Matignon.

La confiance, largement

«Mais personne ne peut dire +moi, on ne me touche pas parce que je suis prioritaire+», prévient-on encore, quand la Défense ou encore l’Education espéraient être épargnées par le tour de vis.

Déjà assuré du soutien des 314 députés du groupe REM (hors six élus nommés au gouvernement pas encore remplacés) et des 47 députés MoDem, le Premier ministre peut avancer très sereinement vers le vote de confiance qui suivra son discours et les interventions des représentants des groupes parlementaires.

Mais d’autres groupes pourraient aussi voter pour ou s’abstenir, comme les «constructifs» LR-UDI (35 députés).

Une poignée d’élus de gauche, comme les PS Guillaume Garot et David Habib ou le divers gauche Olivier Falorni, entendent également voter la confiance.

Au total, le gouvernement Philippe pourrait donc obtenir une très large majorité, autour de 380 voix, un niveau qui n’a plus été atteint depuis les gouvernements Raffarin (374 voix en 2002 et 2004) mais qui restera loin du record du gouvernement Juppé (464 voix en 1996).

Dans l’opposition, La France insoumise, avec ses 17 membres emmenés par Jean-Luc Mélenchon, devrait voter unanimement contre, comme les 11 élus communistes. Les huit députés FN voteront contre.

Si le groupe LR votera contre pour marquer son appartenance claire à l’opposition, quelques-uns de ses 100 députés devraient s’abstenir.

Le groupe Nouvelle Gauche (ex-PS, 31 députés) devait choisir mardi matin, entre «vote contre et abstention», selon son chef de file Olivier Faure. Mais il y aura liberté de vote.

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Comptable en entreprise, je suis de très près l'info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.