Brexit: le pouvoir d’achat des ménages commence à s’effriter

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Le taux de chômage au Royaume-Uni se maintient au plus bas depuis 42 ans, mais les chiffres officiels publiés mercredi ont surtout confirmé une érosion du pouvoir d’achat des ménages au moment où vont s’ouvrir les négociations sur le Brexit.

Lors de la période de trois mois de février à avril, le taux de chômage est resté à 4,6%, a annoncé l’Office des statistiques nationales (ONS). Le pays comptait 1,53 million de chômeurs, soit 145.000 de moins qu’un an plus tôt.

Environ 31,95 millions de personnes occupaient un emploi dans le même temps, soit 372.000 de plus sur un an – une hausse qui a bénéficié notamment aux femmes travaillant à plein temps.

En termes de type d’emploi, la hausse du nombre de travailleurs sur un an a été tirée pour les trois-quarts par les employés en contrat, tandis qu’un gros quart des personnes qui ont accédé à l’emploi ont été des travailleurs dits indépendants – des personnes qui n’ont pas de contrat de travail à proprement parler, mais qui facturent leurs services à des particuliers ou à des entreprises.

Le nombre de travailleurs comptabilisés dans cette catégorie – ouvriers de la construction, charpentiers, chauffeurs de taxi, etc. – a augmenté de 103.000 pour atteindre 4,80 millions de personnes à fin avril (15% du total des emplois).

Moins bonne nouvelle, l’ONS a fait état d’un ralentissement de la hausse des salaires, qui n’a atteint que 2,1% (primes comprises) lors de période de février à avril en comparaison annuelle, alors qu’elle atteignait encore 2,3% lors des trois mois de janvier à mars.

Primes exceptées, les salaires n’ont même augmenté que de 1,7% lors des trois mois achevés fin avril, toujours en comparaison annuelle.

Comme l’inflation s’est accélérée pendant la même période, au point d’atteindre 2,7% en avril, le pouvoir d’achat des ménages a diminué.

La hausse des prix est nourrie par la chute de la livre, qui renchérit le coût des biens importés, à l’oeuvre depuis le vote pour le Brexit en juin 2016 et reflétant les craintes des cambistes à propos des conséquences sur l’économie de la sortie de l’Union européenne.

‘Cocktail dangereux’

«Les salaires réels ont diminué pour la première fois depuis septembre 2014», a résumé Scott Bowman, analyste chez Capital Economics. «Et vu que l’inflation a grimpé à 2,9% en mai, la pression sur ces salaires réels s’est intensifiée depuis. Cela va clairement peser sur la consommation des ménages à court terme.»

Les chiffres officiels sur les ventes au détail pour mai, attendus jeudi, devraient en dire plus sur le comportement des Britanniques, alors que des données publiés en début de semaine par l’émetteur de cartes bancaires Visa ont montré une baisse des dépenses des ménages en mai sur un an pour la première fois depuis 2013.

La flambée de l’inflation et son impact sur le pouvoir d’achat constituent une mauvaise nouvelle pour l’économie, dont la vigueur depuis la décision des Britanniques de quitter l’UE en juin l’année dernière a été soutenue par de robustes dépenses des ménages.

Or la consommation donnant des signes de faiblesse depuis le début de l’année, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a nettement ralenti au premier trimestre, à 0,2% par rapport au quatrième (contre 0,7% au quatrième trimestre).

«L’économie britannique fait face à un cocktail dangereux d’incertitude politique, de ralentissement de la croissance et de fort recul des salaires réels», résume Bren Brettell, économiste chez Hargreaves Lansdown.

Les négociations sur le Brexit, qui doivent s’ouvrir incessamment, devraient entretenir ce climat de flou peu favorable aux investissements des entreprises.

Au vu de ces nombreuses inconnues, la Banque d’Angleterre devrait pour sa part laisser inchangé son taux directeur au niveau historiquement bas de 0,25%, jeudi à l’issue d’une réunion de politique monétaire.

mm

Gérant de ma société, je suis passionné par l’actu en général et je participe à la rédaction d’articles pour Repha dans les rubriques Economie et France.