Catalogne: le président séparatiste temporise sur la déclaration d’indépendance

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Pris entre deux feux, le président séparatiste catalan Carles Puigdemont a renoncé mardi soir à déclarer immédiatement l’indépendance, évoquant une «suspension» en vue d’un dialogue et semant la confusion sur ses intentions.

«Le gouvernement de Catalogne et moi-même proposons de suspendre les effets de la déclaration d’indépendance», a déclaré Carles Puigdemont, sans fixer de délai, lors d’une allocution historique au Parlement, placé sous haute sécurité.

Auparavant, il avait estimé devant les parlementaires qu’il avait reçu un «mandat» des Catalans qui s’étaient exprimés à travers un référendum interdit le 1er octobre, «afin de transformer la région en un Etat indépendant sous forme de république».

Dans une première réaction, le gouvernement conservateur espagnol a estimé qu’une «déclaration implicite d’indépendance (….) n’est pas admissible», a indiqué un porte-parole à l’AFP.

A l’autre bout de l’échiquier politique, la CUP (Candidature d’unité populaire), parti d’extrême gauche qui fait partie de la majorité indépendantiste au Parlement catalan, a regretté «une occasion perdue de proclamer solennellement la république catalane».

«Vous ne pouvez pas suspendre une déclaration qui n’a pas été faite», a tranché le leader socialiste catalan, Miquel Iceta, résumant le flou autour des intentions de M. Puigdemont.

Pressé de toutes parts, l’ancien journaliste de 54 ans a tenté de privilégier la voie médiane: il continue à parler d’indépendance à son électorat, mais garde une porte ouverte pour une solution négociée, qui s’annonce difficile. Au risque de décevoir une partie de ses supporters.

‘Nous attendions plus’

A Barcelone, beaucoup de partisans de l’indépendance, rassemblés par milliers devant un écran géant, ne cachaient d’ailleurs pas leur déception. «Au fond, nous sommes contents, mais nous attendions plus», a dit à l’AFP Pere Valldeneu, 66 ans. «Il ne va rien se passer parce que Madrid ne le permettra pas», a-t-il ajouté.

«C’est une stratégie. Nous allons suivre la même route que la Slovénie (devenue indépendante en 1992) et les Etats européens devront nous reconnaître d’ici quelques jours ou semaines», a préféré retenir Maria Falgas, une fonctionnaire de 50 ans.

L’appel de M. Puigdemont au dialogue risque fort de se heurter à la fermeté de Madrid, alors que le défi lancé à l’Etat reste sans précédent depuis que le pays a retrouvé la démocratie en 1977.

Quelques heures avant son discours, la vice-présidente du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria a déclaré qu’il n’y avait «pas de place pour la médiation entre la légalité et l’illégalité, entre la loi et la désobéissance, entre la démocratie et la tyrannie».

Jusqu’à la dernière minute, Madrid et l’Europe ont exhorté le leader séparatiste à ne pas prendre de décision «irréversible», rappelant que l’Union européenne ne reconnaîtrait pas une Catalogne indépendante.

Costume et cravate sombres, l’air grave, Carles Puigdemont a renvoyé Madrid au résultat du référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre, au cours duquel le gouvernement catalan assure que le «oui» l’a emporté à plus de 90%, mais avec seulement 43% de participation.

Les Catalans sont divisés presque à parts égales sur le sujet, selon des sondages avant l’été, mais souhaitent en majorité un référendum en bonne et due forme.

La séance devant le Parlement a commencé dans la confusion, retardée d’une heure «en raison de contacts pour une médiation internationale», selon un porte-parole du gouvernement catalan.

Une option aussitôt écartée par Madrid, alors que la rumeur d’une vidéo-conférence avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a été démentie par Bruxelles.

‘Inquiétude européenne’

Le Parlement était placé sous sécurité maximale et protégé par des dizaines de fourgons de police, alors qu’un hélicoptère de la police catalane tournait dans le ciel.

La présence policière était également renforcée dans les points stratégiques de la ville, notamment les gares et l’aéroport.

L’Union européenne, déjà secouée par le Brexit, suit la crise avec inquiétude, ses dirigeants prévenant que l’Union européenne ne reconnaîtrait pas une Catalogne indépendante.

Le président du Conseil européen Donald Tusk avait encouragé Carles Puigdemont à éviter «une décision qui rendrait le dialogue impossible», redoutant «un conflit dont les conséquences seraient à l’évidence négatives pour les Catalans, pour l’Espagne et pour toute l’Europe».

Le président français Emmanuel Macron avait souhaité une solution pacifique face à ce qu’il a qualifié de «coup de force des Catalans».

A Madrid, le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy avait laissé entendre ces derniers jours qu’en cas de déclaration unilatérale d’indépendance, il pourrait suspendre l’autonomie de la région, une mesure jamais appliquée dans cette monarchie parlementaire extrêmement décentralisée.

Toute mesure draconienne risque cependant de provoquer des troubles en Catalogne, région de 7,5 millions d’habitants et pesant 19% du PIB du pays.

La tension y est déjà extrême, ainsi que dans toute l’Espagne où les fantômes du passé ressurgissent quand parmi les «patriotes» défendant l’unité du royaume se glissent des nostalgiques de la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

Même si M. Puigdemont finirait par déclarer solennellement l’indépendance, de nombreuses questions demeureraient sur la mise en oeuvre d’une tel initiative dans une région qui a d’ores et déjà la main sur l’éducation, la santé et la police mais où les finances et le contrôle de l’espace aérien, des infrastructures (ports, aéroports, réseau ferroviaire, télécommunications, etc.) et de l’armée restent entre les mains de l’Etat central.

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Rédacteur en chef du site Repha.fr spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.