FN : Marine Le Pen demande à Florian Philippot de choisir

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Lundi, lors d’un bureau politique, la présidente du Front national a invité son vice-président à trancher entre ses fonctions frontistes et la tête de son association Les Patriotes.

En pleine rentrée politique, le parti de Marine Le Pen n’en finit pas de se déchirer. Au-delà du risque pesant sur la crédibilité du mouvement, l’autorité de la présidente se heurte à la défiance de Florian Philippot. Lundi, sans poser d’ultimatum au vice-président du mouvement, Marine Le Pen s’est montrée ferme lors d’un bureau politique à huis clos, dont l’ordre du jour prévoyait de plancher sur la consultation des adhérents.

La crise entre Philippot et certains cadres du FN est montée d’un cran, lundi matin. Contre vents et marées, le responsable de la stratégie du parti a affirmé qu’il n’avait pas l’intention de changer ses plans. «Bien évidemment, je ne quitterai pas la présidence des Patriotes», a-il déclaré sur France Inter, avant de renvoyer la responsabilité de ce «spectacle lamentable» sur les épaules de ses rivaux au sein du FN.

Disant cela, il a fait fi des propos tenus quatre jours plus tôt dans Le Parisien par Marine Le Pen, appelant «tous les dirigeants» à se «reconcentrer» sur le FN. Le 4 septembre dernier déjà, lors d’une réunion en petit comité, elle avait également essayé de faire reconnaître à Philippot l’incompatibilité de sa fonction de vice-président du FN avec celle de président des Patriotes, voyant dans cette double casquette un conflit d’intérêts d’autant plus fort que quelques membres des Patriotes ne l’avaient pas ménagée. Notamment l’humoriste Franck de Lapersonne, proche de Philippot, qui avait diffusé une compilation des «crises de nerfs» de la «reine de cœur», avant de retirer rapidement son allusion satirique. Lancée dans la reconstruction du Front national, Marine Le Pen s’interroge sur le bien-fondé d’un think-tank parallèle comme celui des Patriotes.

Sans surprise, la question s’est donc invitée au bureau politique, lundi. Les échanges ont été directs. La présidente du FN a clairement demandé à Philippot de choisir entre le Front national et la présidence des Patriotes. En réalité, elle a solennisé en bureau politique ce qu’elle avait déjà dit en bureau exécutif.

Plusieurs membres du bureau politique sont montés au créneau pour demander à Philippot de jouer «moins perso». L’intéressé s’est défendu en s’estimant mal-aimé au sein du parti. Sa réaction, un peu crispée, sur un mode plus affectif que politique, a surpris. Sophie Montel a bien essayé de le défendre en critiquant les frontistes qui ne savent pas apprécier les «intelligences supérieures». Mais son intervention a fait sourire.

«Il joue avec le feu»

Au fil de cet échange franc mais sans éclats de voix, Philippot a également pointé une des faiblesses du mouvement frontiste, à savoir la baisse du nombre d’adhérents, comme si ce problème lui était étranger.

Manifestement, Philippot n’a pas l’intention de lâcher Les Patriotes. Quelques heures plus tôt sur France Inter, il avait même revendiqué pleinement sa position de leader de ce courant, allant jusqu’à profiter de l’occasion pour lancer un appel à tous ceux qui souhaiteraient rejoindre son projet. Il s’était même félicité des travaux de «l’Agora patriote», comme s’il cherchait à illustrer un contraste entre les ambitions de son association dédiée au «patriotisme généreux» et un FN miné par les «jaloux» et les «rageux». Sur le site Internet des Patriotes, on note que les tarifs des adhésions sont plus attractifs que ceux du Front national: 10 euros pour les moins de 30 ans contre 15 euros pour les moins de 25 ans au FN. Sans compter les formules «classique» et «prestige», également moins chères, de 30 et 150 euros.

À quoi joue Philippot? La question hante plusieurs frontistes. Ils se demandent s’il n’est pas en train de préparer sa sortie. Certains imaginent une stratégie visant à se poser en victime. Prépare-t-il les esprits à son départ? Tente-t-il de mettre Marine Le Pen sous pression? «En tout cas, il joue avec le feu», juge un cadre. À ce stade, Marine Le Pen observe et minimise. «Vous savez, j’en ai vu d’autres», a-t-elle balayé vendredi dans Le Parisien alors qu’elle était interrogée sur la «propre partition» joué de Philippot.

Face à ces dissensions internes de plus en plus vives, Louis Aliot a tenté le déminage lors de sa rentrée politique, dimanche, à Saint-Laurent-de-la-Salanque, dans les Pyrénées-Orientales. «Je demande à celles et ceux qui sont obsédés par une option ou par une autre (l’identitarisme ou le souverainisme, NDLR) de se ranger tranquillement dans le wagon du rassemblement… Et de ne pas tenter, par des manœuvres d’appareil internes ou externes, d’influencer les dirigeants du Front.» Exhortant les troupes à retrouver le «terrain», il a dénoncé les «dégâts» des réseaux sociaux et mis en garde certains cadres du FN. «La politique ne consiste pas à se pavaner à la télévision», a-t-il lancé, sans citer de nom. Comme une invitation à se ressaisir lancée à Philippot.

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Prof d'économie et gestion, je rédige des articles pour economie-news dans toutes les rubriques du site selon l'actu du moment.