Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a démissionné

0

Le chef d’état-major des armées, réputé pour son franc-parler, a présenté sa démission ce mercredi, après avoir critiqué les restrictions budgétaires de la Défense.

Il l’avait prévenu: il ne se laisserait pas « baiser » par l’exécutif. Après une semaine de crise inédite entre Emmanuel Macron et les armées, le général Pierre de Villiers a présenté ce mercredi matin sa démission, peu avant la tenue d’un conseil restreint de Défense. « Je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain », tacle le chef d’état-major des armées dans un communiqué.

 À l’origine de cette démission fracassante, une passe d’armes sur les économies budgétaires imposées aux armées. Pour avoir critiqué cette cure devant des députés, le général de 60 ans a été sèchement recadré par le chef de l’Etat, qui lui a reproché un comportement « indigne ». Proche de ses troupes, ancien homme de terrain, et auteur, jusqu’ici une carrière sans accroc, il sera remplacé à la tête des Armées par le général François Lecointre, ont annoncé mercredi plusieurs sources gouvernementales.

Un général cinq étoiles apprécié

Pierre de Villiers est nommé à la tête des armées en février 2014 par François Hollande. Signe d’un bilan satisfaisant, il est reconduit à ses fonctions pour un an par Emmanuel Macron début juillet. Contrairement à ses prédécesseurs, le général n’a jamais été chef d’état-major particulier du président de la République, un poste qui, traditionnellement, permet de poser les bases d’une relation de confiance avec l’exécutif. « Grâce à sa stature et son caractère, il a su très vite gagner le respect. Son expérience opérationnelle lui a servi », observe l’ancien colonel Michel Goya.

 A un moment où la France est engagée dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et en zone irako-syrienne, le général a su rassurer avec son expérience d’ancien commandant en Afghanistan. Il disposait aussi comme atout de son passage en tant que major général à l’état-major des armées, où il a accompagné, avec loyauté, l’élaboration de la loi de programmation militaire 2014-2019.

« C’est un général particulièrement aimé, aussi bien des soldats, des marins et des aviateurs, qui louent tous sa légitimité. Il a su représenter l’institution à l’intérieur comme à l’extérieur », déclare l’ancien général Vincent Desportes.

Un militaire au « franc-parler »

Dès sa prise de fonctions, Pierre de Villiers n’a pas caché sa volonté de monter au front contre le pouvoir politique pour défendre ses troupes. En mai 2014 déjà, le nouveau chef d’état-major des armées brandit la menace d’une démission collective, avec les responsables des trois armées, face à la perspective de coupes budgétaires. Le ministre de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian, relaye ce malaise auprès de Manuel Valls, en l’implorant de conserver les crédits. Une mobilisation qui trouve un écho favorable.

En décembre 2016, le général tire à nouveau la sonnette d’alarme dans une tribune intitulée « Le prix de la paix » dans Les Echos. Il y réclame des moyens financiers pour « rester capable d’assurer, dans la durée, la protection de la France et des Français face au spectre complet des menaces ». Le militaire n’a jamais été sanctionné pour ces prises de parole. « Pierre de Villiers est parfaitement dans son rôle lorsqu’il donne son avis technique, avec des chiffres, sur des mesures qui impactent ses soldats, défend le général Desportes. Contrairement à son prédécesseur, qui ne disait rien, il a un franc-parler. S’en prendre à lui comme l’a fait Emmanuel Macron est un déni de démocratie et le signe d’une méconnaissance des armées. »

Un fan de football, même lors de ses missions

Amateur du ballon rond, le général de Villiers se plaît à comparer l’esprit militaire à celui des sportifs. Et se voit comme une sorte d’entraîneur. « J’aime le collectif, l’action en commun », confie-t-il àLibération, peu après être devenu numéro 1 des armées. Le foot, c’est l’esprit de compétition, la gagne, mais aussi l’apprentissage que l’individu n’est rien sans le groupe. Ce poste de chef d’état-major, je veux l’utiliser pour aller au contact avec les hommes. »

Au quotidien, le général se souvient d’avoir partagé sa passion du football à chacune de ses missions. En France comme à l’étranger. Dans la Marne en 1998, il installe une télévision pour suivre avec ses soldats la Coupe du Monde. En 1999, au Kosovo, il organise un match avec des spectateurs albanais sur un terrain qui leur était pourtant interdit d’accès.

Un fils de militaire élevé dans un milieu traditionnel

Le général de Villiers est le frère cadet de Philippe de Villiers, fondateur du parti de droite souverainiste Mouvement pour la France. Un lien familial qui lui a valu des remarques tout au long de sa carrière, sans que cela ne soit particulièrement préjudiciable à son ascension. « Cela ne l’a pas affecté puisqu’il a été nommé par un pouvoir de gauche. Il n’a jamais exprimé d’opinions politiques publiques », observe l’ancien colonel Michel Goya.

Avec ses quatre frères et soeur, ils ont été élevés en Vendée dans les valeurs catholiques traditionalistes. Dans cette famille, le sens du devoir et l’amour de la patrie se transmet de générations en générations. Pierre de Villiers est le fils d’un général médaillé de la Résistance, incarcéré après la guerre d’Algérie, rapporte Le Monde. Son grand-père a lui aussi mené une carrière militaire.

mm

Comptable en entreprise, je suis de très près l'info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.