GM&S, premier dossier chaud du gouvernement

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La tension monte entre les acteurs au chevet de l’équipementier en péril. Ce mercredi, le tribunal de commerce de Poitiers pourrait décider d’un nouveau prolongement de la période d’observation, ou d’une liquidation.

C’est le premier dossier chaud de l’ère Macron dans l’industrie. GM&S, un équipementier automobile creusois placé en redressement judiciaire en décembre dernier, risque la liquidation pure et simple lors de l’audience ce mercredi au tribunal de commerce de Poitiers. Ce qui poserait un sérieux problème aux 277 salariés, mais aussi aux pouvoirs publics, puisque l’emboutisseur n’est autre que le deuxième employeur privé de la Creuse. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire et son secrétaire d’Etat Benjamin Griveaux ont prévu de se rendre sur place dans l’après-midi.

C’est que la température vient de monter de quelques degrés supplémentaires entre les tenants de l’affaire (l’Etat, PSA et Renault, et les syndicats de la société). Notant que les conditions suspensives qu’il avait posées n’était pas levées, le PDG de GMD, l’unique repreneur potentiel, Alain Martineau, a indiqué qu’il retirerait son offre si la période d’observation n’était pas prolongée. Mardi soir, les négociations entre les parties prenantes continuaient, et l’on pourrait se diriger vers un nouveau délai. « Cela n’est pas garanti à 100  % », tempère une source proche du dossier.

Blocus chez Renault

Une centaine de « GM&S » ont commencé mardi matin à bloquer le site Renault de Villeroy (Yonne), quinze jours après avoir organisé le blocus de l’usine PSA de Sept-Fons (Allier). La CGT réclame des indemnités extra-légales pour les futurs licenciés – GMD, l’unique candidat à la reprise, voulant récupérer seulement 120 salariés.

Le ton est également monté entre PSA et Bercy. Le constructeur est pointé du doigt par le ministère de l’Economie, qui souhaite que le groupe (dont il détient 13 % du capital) participe à la rénovation de l’usine de La Souterraine. GMD exige pour cela 15 millions d’euros (l’Etat et Renault ont accepté de payer 5 millions chacun, pas PSA). Or, le constructeur accusé a opposé lundi soir « un démenti formel » au communiqué numéro 56 de Bercy, « regrettant que des informations erronées aient pu être diffusées ».

Le groupe a même surenchéri mardi, exigeant la publication des engagements détaillés des deux constructeurs en matière de commandes, afin de prouver sa bonne foi. En fin de journée, le conseiller Industrie de Bercy était avenue de la Grande Armée, au siège de PSA. « Ce petit jeu du chat et de la souris entre le gouvernement et le constructeur est un peu déplacé par rapport à l’angoisse des familles », a noté Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT.

Pour sa défense, PSA s’abrite derrière une lettre reçue le 17 juillet et signée par Alain Martineau. Dans cette missive, le PDG de GMD écrit que l’engagement de PSA d’un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros annuels est « suffisant pour conforter l’exploitation du site » et qu’il n’a « pas d’autre attente à l’égard » du constructeur. Le repreneur juge manifestement que c’est à l’Etat de faire l’effort. « Cette reprise est uniquement motivée par des considérations d’aménagement du territoire, de difficultés sociales et de perturbations qui sont toutes du ressort des pouvoirs publics », écrit le dirigeant, confirmant ainsi qu’il ne mène l’opération qu’à reculons.

Pas de chèque en blanc de PSA

Chez PSA, on estime donc qu’on « essaie de leur faire porter le chapeau » d’une éventuelle liquidation sèche. Le groupe refuse surtout de donner un chèque en blanc à GMD, estimant que ce n’est pas le rôle de PSA de redynamiser la Creuse. « Pour nous, il y a un risque d’abus de bien social », dit-on à la tête de PSA.

De fait, le dossier GM&S se politise au fil des semaines. Ces derniers mois, les salariés ont attiré l’attention en conviant Jean-Luc Mélenchon sur place, en piégeant leur usine avec des bonbonnes de gaz ou en mettant le feu dans un atelier. Ces actions semblent avoir fini par lasser les clients constructeurs, déjà échaudés par la mauvaise gestion des actionnaires successifs de l’équipementier. D’autant qu’ils ne sont plus livrés depuis début juin.

L’Etat est dans une position de médiateur

La tactique a toutefois fonctionné auprès de Bercy, puisque Bruno Le Maire s’est emparé du sujet très rapidement après sa prise de fonctions, courant mai. « L’Etat est dans la position du médiateur, avec comme objectif le maintien du site situé dans un bassin d’emploi extrêmement compliqué. Ce caractère exceptionnel justifie notre intervention », expliquait-on la semaine dernière à Bercy, qui s’est engagé à verser les salaires du mois d’août et qui est donc prêt à verser 5 millions d’euros à GMD.

Pour le gouvernement, l’enjeu est de taille. Placé en première ligne, Bruno Le Maire ne semble pas vouloir prendre la responsabilité d’un échec des négociations. D’autant plus en début de quinquennat, qui plus est avant le vote de la loi travail. Interpellé début juin au sujet de GM&S, Emmanuel Macron avait affirmé que ses équipes feraient le « maximum », mais qu’il n’était « pas le père Noël ». Comme pour fixer la ligne sur le sujet « usines en détresse ».

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Comptable en entreprise, je suis de très près l’info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.