Le luxe, cette industrie française qui crée de l’emploi

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Ils exportent toujours plus, voient la mondialisation en rose et créent des emplois sans discontinuer: les champions français du luxe sont une exception au sein de l’économie hexagonale, comme en témoignent de nouvelles embauches annoncées chez Hermès.

Le groupe du Faubourg Saint-Honoré inaugure mardi une nouvelle maroquinerie à Val-de-Reuil, en Normandie, quatre jours après l’ouverture d’un autre atelier spécialisé sur le travail du cuir à Saint-Junien, en Nouvelle-Aquitaine. Au total, 220 créations d’emplois sont prévues pour accompagner la forte progression des ventes à l’international, et notamment en Asie.

Les grands labels français comme Hermès, Chanel, Louis Vuitton ou Yves Saint Laurent, sont devenus de puissantes marques mondiales dans le prêt-à-porter, les sacs à main et accessoires, ou encore les parfums. L’accroissement de leurs ventes, en particulier sur le gigantesque marché chinois, fait logiquement gonfler leurs effectifs.

A Saint-Junien, près de Limoges, plusieurs dizaines d’artisans travaillent, découpent et cousent le cuir, pour confectionner des gants, des portefeuilles, et autres petits objets de la marque Hermès. Dans cette ancienne usine de traitement de la laine entièrement rénovée, pas d’automatisation, le cousu main est omniprésent. Chaque article est signé par l’artisan.

«Il ne serait pas imaginable de créer un site comme celui-là dans un autre pays», assure Guillaume de Seynes, directeur général pôle amont et participations du groupe Hermès, fondé en 1837. «C’est un souci de qualité et une question d’image. Le Made in France signifie aux yeux des clients ce savoir-faire français» transmis depuis plusieurs générations.

«Chance historique»

«Très clairement, pour le secteur du luxe, l’enrichissement de nouveaux pays, la mondialisation, ont été une chance historique de créations d’emplois, comme dans l’aéronautique», estime ce descendant du fondateur Thierry Hermès.

En cinq ans, la société dont 85% des articles sont fabriqués en France mais 86% sont vendus à l’étranger, a créé 2.400 nouveaux emplois dans le pays.

Autre exemple, Kering (Gucci, Bottega Veneta, Yves Saint Laurent…), numéro deux mondial du luxe basé à Paris, a acquis en 2013 en Normandie la société France Croco, une tannerie, spécialiste des peaux de crocodiles, qui fournit les plus grandes maisons françaises et italiennes de mode. Ses effectifs doivent passer de 45 à 160 salariés d’ici 2020. La division luxe de Kering emploie près de 2.000 personnes en France, en progression de 13% en trois ans.

Quant au numéro Un mondial, le français LVMH, ses ventes annuelles progressent fortement chaque année et approchent désormais les 40 milliards d’euros. Ses 70 maisons de mode (Christian Dior, Louis Vuitton, Guerlain, Givenchy…) ou de vins et spiritueux (champagnes Moët et Chandon, cognac Hennessy…) représentent 105 sites de production en France, dont dix nouveaux créés entre 2014 et 2015.

Pour répondre à la demande, le groupe a créé plus d’un millier d’emplois nets l’an dernier en France, soit environ 4.000 embauches compte tenu des départs. Et «la tendance est comparable, voire un peu supérieure pour 2017», estime Chantal Gaemperle, la directrice des ressources humaines.

Ces recrutements concernent «l’ensemble des professions, sur l’ensemble de la hiérarchie, des savoir-faire manuels jusqu’aux fonctions dirigeantes» et 93% des contrats français sont à durée indéterminée, précise-t-elle.

Première capitalisation boursière

Signe d’une montée en puissance, LVMH est devenu au printemps la première capitalisation boursière de la place de Paris, devant les mastodontes de l’énergie, Total, et de la pharmacie, Sanofi.

«C’est un symbole fort. Le luxe a un poids significatif dans l’économie française», note Olivier Abtan, responsable de l’expertise pour ce secteur au cabinet Boston Consulting Group.

«Les marques françaises font mieux que le marché. Elles ont su garder une exclusivité, ne pas diluer leur image, garder une dimension créative», estime-t-il, jugeant les créations d’emplois «pérennes». «Ce qui fait la différence de ces produits c’est qu’ils sont fabriqués à la main. Il y a une dimension artisanale très forte qui se détache de ce qu’on entend sur les robots qui vont remplacer les humains», explique-t-il.

Si la France reste une place forte dans la maroquinerie et la joaillerie, elle a cependant perdu des savoir-faire au profit de l’Italie dans la chaussure ou le prêt-à-porter, nuance-t-il, y voyant un vrai défi à relever.

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Comptable en entreprise, je suis de très près l’info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.