L’État va céder pour 10 milliards d’euros d’actifs pour financer l’innovation

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L’entourage du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé vendredi «d’importantes cessions d’actifs» de la part de l’État pour un montant de dix milliards d’euros. Il s’agira «pour l’essentiel de participations minoritaires dans des entreprises du secteur concurrentiel».

Bruno Le Maire avait réaffirmé son souhait mercredi matin, il semble désormais devenir réalité. Une source au sein du ministère de l’Économie a confirmé l’intention de l’Etat de céder pour dix milliards d’euros de participations. Objectif affiché, financer l’innovation. «Il y aura une cession d’actifs pour un montant de 10 milliards d’euros, et il s’agira pour l’essentiel de participations minoritaires dans des entreprises du secteur concurrentiel», a déclaré cette source, confirmant une information du journal Le Monde. Elle a ajouté que cela permettrait d’«alimenter le fonds» consacré à l’innovation annoncé par Emmanuel Macron. «Cela se fera dès que les conditions de marché le permettront», a ajouté cette source.

«Je ne cède pas des actifs pour renflouer les caisses de l’Etat. L’objectif est de trouver des financements pour l’innovation, car c’est la clé de demain», avait justifié le ministre de l’Economie au micro de BFMTV, mercredi. «J’assume le choix politique de transformation radicale de l’économie française où l’argent du contribuable est mieux placé dans le financement de l’innovation plutôt que dans la rente de certaines entreprises publiques», a-t-il ajouté, appelant son pays à rivaliser «avec les grandes nations conquérantes que sont la Chine et les États-Unis».

Pour l’heure, aucun nom des entités visées n’a été dévoilé. Pour rappel, la France dispose, selon le rapport du Compte Général de l’Etat 2016, de 1817 participations financières pour un montant de 262,7 milliards d’euros. Dans le détail, 137,5 milliards d’euros correspondent à des valeurs relatives à des entités contrôlées par l’Etat – comme EDF, la Poste ou SNCF mobilités – et 125,2 milliards d’euros concernent des entités non contrôlées par l’Etat. On compte parmi celles-ci Engie, Orange, Renault, Dexia ou encore Alstom.

Des cessions d’actifs non stratégiques

Le nouveau locataire de Bercy a cependant donné quelques indices, mercredi dernier: «Je souhaite (…) que nous regardions plus attentivement la gestion et les équilibres économiques des grandes entreprises publiques de l’énergie ou du transport pour garantir que ces entreprises publiques soient gérées de la meilleure façon possible».

Dans les faits, le président de la République avait déjà évoqué, durant sa campagne, la possibilité de diverses cessions d’actifs voire de privatisations. L’ancien ministre de l’Économie est même coutumier du sujet. Dès son arrivée à Bercy, en 2014, Emmanuel Macron avait annoncé une cession de 10 milliards d’euros d’actifs publics. A son compteur, il compte la privatisation des aéroports de Toulouse, Lyon, Nice, – ce pour 2 milliards d’euros – et la vente à hauteur de 13% de la participation de l’Etat dans Peugeot, à la BPI, pour une nouvelle fois 2 milliards d’euros. Il avait également supervisé, en 2015, deux cessions de participation de l’Etat dans Safran, pour une opération globale avoisinant les 2 milliards d’euros.

Des dossiers, précédemment ouverts, pourraient aussi revenir au goût du jour. La question du statut de Paris Aéroport a souvent été évoqué par le passé et pourrait donc finir en haut de la pile des possibles privatisations ou cessions d’actifs.

Une innovation de rupture

Avec ces 10 milliards d’euros, le ministre de l’Economie souhaite pouvoir financer une innovation dite de «rupture». «Celle qui permettra à la France de rattraper un certain nombre de retards qu’elle a pris dans les révolutions technologiques en cours», explique Bruno Le Maire. «Nous avons manqué il y a une vingtaine d’années la révolution des logiciels, nous la France et les pays européens. Ce sont les Etats-Unis, avec Google, Amazon, Facebook qui ont tiré le bénéfice de cette révolution. Ils ont créé des champions mondiaux qui ont aujourd’hui une puissance phénoménale», ajoute-t-il.

Aujourd’hui, le cap est mis sur la révolution des données. «Elle va ouvrir des champs de créations d’emplois, de technologie, de réindustrialisation de la France. Cependant ça coûte cher et parfois il faut financer à perte. L’intelligence artificielle, les données, sa maitrise ne sont pas forcément rentables immédiatement mais c’est là que le rôle de l’Etat est utile: parce que nous allons investir sur le long terme», prévient le ministre. Un pari risqué.

mm

Comptable en entreprise, je suis de très près l’info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.