Livret A : la pression monte pour une hausse du taux de rémunération à 1 %

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Le retour de l’inflation devrait entraîner une hausse du taux de rémunération du Livret A à 1 % le 1 er  août prochain. Mais l’exécutif hésite entre décision populaire et volonté de flécher l’épargne vers des placements plus risqués.

Après deux années de régime sec, les épargnants sont-ils sur le point de voir la rémunération de leur Livret A repartir à la hausse ? A l’approche de l’échéance estivale de la révision du taux de ce produit d’épargne populaire, la progression de l’inflation observée ces six derniers mois, mais aussi l’entrée en vigueur de la nouvelle formule de calcul de ce taux nourrissent les espoirs des épargnants

Du côté des prix à la consommation, le ralentissement observé ces derniers mois ne jouera pas, pour la première fois, en défaveur des épargnants. Basée désormais sur le taux moyen d’inflation annuel (hors tabac) lissé sur six mois et non plus sur celui du seul mois qui précède la révision du taux, la formule de calcul devrait en théorie porter la rémunération du Livret A à 1 % au 1er août, contre un rendement de 0,75 % servi depuis août 2015.

Une hiérarchie des taux brouillée

Pour se prononcer sur cette question épineuse, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, attend la publication officielle des chiffres de l’inflation du mois de juin, jeudi matin. Mais pour l’instant rien n’indique qu’il souhaite se conformer au résultat de cette formule de calcul revisitée. «  Le gouverneur a la responsabilité d’assurer la transmission de la politique monétaire de la BCE à l’économie et une hausse du taux du Livret A serait parfaitement contraire aux objectifs de la banque centrale : elle brouillerait la hiérarchie des taux puisque le taux du Livret A serait par exemple égal à celui offert par le plan épargne logement (PEL) et inciterait les épargnants à se tourner encore plus massivement vers l’épargne réglementée au détriment du financement de l’économie », rappelle Eric Buffandeau, directeur adjoint des études chez BPCE.

Le dilemme du gouvernement

Pourtant si le gouverneur choisit de s’éloigner de cette formule, il n’est pas assuré que l’exécutif suive sa recommandation : «  A la veille des négociations sur la loi travail, il est peu probable que le gouvernement choisisse explicitement de ne pas assurer aux épargnants une rémunération au moins égale à l’inflation. Ce serait la première fois depuis 1983 que cela se produirait ! », fait encore valoir Eric Buffandeau. Le dilemme est complexe pour le gouvernement, car, si la hausse du taux du Livret A lui permet de faire un geste vis-à-vis des épargnants, il entrave ses projets en matière de fléchage de l’épargne réglementée vers les placements à risque. Pénalisante pour les banques, pour la Caisse des Dépôts (qui centralise la majorité des encours d’épargne réglementée) et pour les acteurs du logement social (qui se financent à taux indexé sur celui du Livret A), la hausse du taux du placement n’est en outre pas souhaitée par la place.

 Aux yeux des économistes, quelle que soit la décision que prendra le gouvernement, le retour en grâce du Livret A enclenché ces derniers mois devrait se poursuivre. «  Si le taux est revu à la hausse de 25 points de base le 1er août, on peut attendre une réaction forte des épargnants avec une collecte nette de 5 milliards d’euros sur six mois. Si, en revanche, le taux est maintenu à son niveau actuel, le Livret A devrait tout de même continuer d’attirer des dépôts : les ménages qui ont construit leur stratégie de placements sur une logique de baisse des taux longs se rendent compte que l’on n’est plus dans cet univers. La tendance d’inflation, la fiscalité et le mouvement des taux longs profitent à l’épargne réglementée », analyse Alain Tourdjman, directeur des études chez BPCE.
mm

Journaliste et animatrice radio, je publie sur le site d'actualités Repha.fr notamment dans les rubriques économie et finance.