Marseille entre désir d’une autre image et crainte de perdre son âme

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Marseille s’est lancée dans une politique de rénovation urbaine pour améliorer son image de cité paupérisée et marquée par l’insécurité mais certains craignent de voir disparaître son identité de ville rebelle et populaire.

Depuis plus d’une décennie, la mairie LR a engagé d’importants travaux de rénovation, sur le Vieux-Port, la Canebière, le Cours Julien ou à Belsunce, quartiers si typiques de l’identité marseillaise. C’est au tour de La Plaine, un quartier du centre-ville commerçant et très fréquenté par la jeunesse en soirée, de connaître le même sort.

La municipalité souhaite voir notamment l’emblématique place Jean Jaurès «monter en gamme». Un projet dénoncé par une partie des riverains qui y voient un objectif inavoué de «gentrification».

«Nous sommes en résistance!», lance d’emblée Christine, une habitante. Attablée à la terrasse d’un des nombreux cafés du quartier, elle ne décolère pas: «La Plaine est l’un des derniers bastions populaires de la ville, la rénovation va tout changer», peste-t-elle.

Bruno, bière à la main, acquiesce. «Il y a une volonté de créer une vitrine pour les touristes et tout ce qui ne va pas dans le décor devra disparaître», dénonce-t-il.

«Ici, tous les Marseillais se croisent, il y a une vie, une âme. Ce qu’on ne veut pas, c’est que ce quartier si magique devienne un simple lieu de déambulation comme le Vieux-Port», ajoute Christine qui vit à La Plaine depuis vingt-deux ans.

Sollicitée par l’AFP, la mairie minimise la portée de ces critiques indiquant que «la majorité des riverains sont favorables -à l’exception de quelques personnes-» au projet qui a fait l’objet, selon elle, d’une «longue et complète concertation».

Pour Brigitte Bertoncello, chercheuse en urbanisme à l’Université Aix-Marseille, la politique de rénovation tous azimuts s’inscrit dans un contexte de concurrence entre les villes, qui essaient de se «construire une image» et de se différencier grâce à leur centre-ville historique. «A Marseille, il y a une résistance des habitants à cette recomposition voulue par les autorités. Marseille est une ville populaire, cela fait partie de son identité», souligne-t-elle.

‘Bienvenue aux nouveaux sans chasser les anciens’

Cette politique urbaine a-t-elle vraiment porté ses fruits ? «Dans les années 1970, la ville perdait dix mille habitants par an. Nous sommes en train d’inverser cette tendance (…) Les Marseillais sont partis, moi je rénove, je lutte contre les marchands de sommeil et je fais revenir des habitants qui paient des impôts», déclarait en 2001 le maire Jean-Claude Gaudin, dans les colonnes de la Tribune.

Des études de l’Insee confirment une reprise de la démographie, selon le doctorant en sociologie David Escobar, mais la croissance démographique marseillaise sur la période 1999 à 2012 a été en réalité principalement portée par les naissances.

«Le mythe du néo-marseillais qui viendra sauver la ville du marasme est inexact. Ce que l’on constate, c’est que même si la ville est parvenue à attirer des cadres, elle n’a pas su les retenir», explique-t-il.

«On a vendu la mer et le soleil mais ça n’a pas suffi. Les rénovations ne se sont faites que sur le bâti et non dans les services. Or ce qu’attendent les nouveaux arrivants ce sont des services publics, des crèches, des piscines et des commerces de proximité, ce qui manquent aujourd’hui», renchérit Brigitte Bertoncello, évoquant un défi de «réconciliation entre la ville renouvelée et celle du quotidien».

«Nous ne sommes pas contre la rénovation bien au contraire, mais ce que nous disons, c’est bienvenue aux nouveaux sans chasser les anciens», explique Nouredine Abouakil, cofondateur de l’association «un centre-ville pour tous».

Mais pour Christine, «si la rénovation du quartier de La Plaine va jusqu’au bout, je quitte Marseille. Pourquoi rester dans une ville qui veut annihiler son identité ?»

mm

Rédacteur en chef du site Repha.fr spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.