Mode, finance: des entreprises haussent le ton face au harcèlement sexuel

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Près de trois semaines après le début de l’affaire Weinstein, le nombre d’entreprises qui reconnaissent publiquement des faits de harcèlement sexuel et les sanctionnent se multiplie, comme le puissant fond d’investissement Fidelity ou le groupe d’édition Condé Nast.

Fidelity, l’un des fonds d’investissements les plus influents au monde, et l’un des rares à être dirigé par une femme, a ainsi renvoyé deux dirigeants après des accusations de harcèlement sexuel à leur encontre, a indiqué mardi à l’AFP une source proche du dossier.

Ces limogeages sont les premiers officialisés dans la finance américaine, un milieu dominé par les hommes, depuis les premières révélations le 5 octobre sur l’affaire Harvey Weinstein, le magnat d’Hollywood.

Robert Chow, chez Fidelity depuis 30 ans, et Gavin Baker, qui gérait un portefeuille d’actifs de 16 milliards de dollars, ont dû quitter la firme récemment après des accusations de nature sexuelle portées par des salariées, a expliqué cette source en demandant l’anonymat.

La PDG de Fidelity, Abigail Johnson, a poussé au départ les deux dirigeants et embauché dans la foulée une firme externe pour enquêter sur le département actions, principalement dominé par des hommes, selon cette source.

«Les politiques de Fidelity interdisent le harcèlement quelle que soit sa forme et quand des allégations de cette sorte sont portées à notre attention, nous enquêtons immédiatement et prenons des mesures promptes et adaptées», a assuré Vincent Loporchio, porte-parole de cette société de 40.000 personnes.

Une réunion d’urgence a également été organisée chez Fidelity la semaine dernière où la direction de l’entreprise a réaffirmé sa «tolérance zéro» face à tout comportement «inapproprié».

Un photographe sulfureux écarté

Dans la mode, un milieu où beaucoup de mannequins évoquent une longue tradition de harcèlement ou d’agressions sexuelles, les choses pourraient être en train de changer.

Le groupe Condé Nast, propriétaire de prestigieux magazines comme Vogue, Vanity Fair, ou GQ, a confirmé mardi avoir demandé aux dirigeants des différents pays dans lequel il est implanté de ne plus faire travailler le célèbre photographe Terry Richardson, accusé depuis des années de harceler sexuellement les mannequins.

«Toute séance de photos programmée ou toute séance terminée mais non publiée devra être supprimée et remplacée par d’autres contenus,» a écrit le vice-président de Condé Nast International, James Woolhouse, dans un mail cité par le journal britannique The Telegraph, dont le contenu a été confirmé par Condé Nast International.

Condé Nast Etats-Unis a également confirmé n’avoir «rien prévu avec (Richardson) à l’avenir», avant d’ajouter: «Le harcèlement sexuel sous toutes ses formes est inacceptable et ne saurait être toléré».

Même si beaucoup ont réagi sur Twitter en déplorant une réaction «tardive» de Condé Nast, le bannissement du photographe culte de ces prestigieux magazines signale peut-être un vrai tournant dans un milieu qui, comme le cinéma, a longtemps incarné l’omerta qui régnait sur ce problème.

La semaine dernière, la mannequin new-yorkaise Cameron Russell avait déjà jeté un pavé dans la mare en invitant ses homologues à confier leurs expériences d’agressions sexuelles sur son compte Instagram, récoltant une avalanche de témoignages.

Même si les noms ont été effacés, certains ont dit avoir reconnu le comportement de Richardson dans plusieurs récits.

Le cinéma, touché au coeur

Les initiatives de ces entreprises interviennent alors que le torrent d’accusations de harcèlement ne tarit pas dans le secteur du cinéma, touché au coeur par les révélations sur le tout-puissant producteur Harvey Weinstein.

Une cinquantaine de femmes ont depuis le 5 octobre déclaré publiquement avoir été soit harcelées, soit agressées, parfois jusqu’au viol, par le producteur multi-oscarisé.

Une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, est ainsi sortie du silence mardi et l’a accusé de l’avoir harcelée puis agressée sexuellement dans un hôtel new-yorkais en 2006, alors qu’elle avait «une vingtaine d’années» et espérait qu’il l’aiderait à trouver du travail.

Mais ses déclarations, portées lors d’une conférence de presse au côté de son avocate Gloria Allred, ont à nouveau illustré la difficulté à transformer beaucoup de ces accusations en plaintes valides en justice.

Mimi Haleyi a ainsi indiqué ne «pas être allée» voir la police, et n’être pas sûre de le faire un jour. Et son avocate a reconnu que les faits «pourraient être prescrits», tant au pénal qu’au civil, et qu’elle ne savait pas quelle suite donner à cette affaire.

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Rédacteur en chef du site Repha.fr spécialiste de l’économie, il est passionné par l’économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l’économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.