Le paiement par mobile remplacera-t-il bientôt l’argent liquide?

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La Scandinavie se prépare déjà à un avenir sans espèces. Et si on passait à une économie basée sur les paiements par mobile?

Depuis des années, les économistes sont nombreux à annoncer la transition des pays scandinaves vers une société sans billets ni pièces. Au fur et à mesure, les espèces ont disparu du portefeuille des Suédois ou des Danois, remplacés par des cartes bancaires jugés moins chères et plus pratiques.  En Suède, les consommateurs utilisent les cartes trois fois plus souvent que les autres Européens, et certains commerçants ou systèmes de transports ont éliminé l’option cash. Le Danemark constate également un pourcentage très bas d’espèces en circulation, tandis que les pièces et les billets ont représenté un cinquième de l’ensemble des transactions monétaires en 2015.

 Le prochain chapitre de ce phénomène de dépenses et de consommation pourrait bien se reposer sur les paiements par smartphone. Encore au Danemark, c’est l’appli MobilePay qui a accéléré ce virage: en 2015, trois millions des 5,6 millions Danois l’ont utilisé pour effectuer 90 millions de transactions. Même les sans-abris peuvent s’y connecter pour accepter des dons.

Le phénomène s’étend en Chine

L’Asie elle aussi glisse vers une société sans cash. Dans les grandes métropoles chinoises, c’est le smartphone qui règne dans le système de paiement électronique, rapporte le New York Times. Depuis trois ans, l’argent liquide tombe en désuétude face à la croissance des applis tels que WeChat ou Alipay.

Pour payer les dîners au restaurant, les courses ou encore un abonnement au vélo en libre-service, le portable est le nouveau portefeuille. Tout se passe par le code QR, ce qui permet de relier les comptes personnels des utilisateurs et ceux des commerçants. Même les musiciens dans les rues de certaines villes chinoises installent des pancartes munies d’un code QR. Plus besoin de fouiller dans les poches pour trouver une pièce. Maintenant, il suffit juste de scanner le code et d’envoyer sa petite contribution directement au musicien.

« Cela est devenu le mode de vie par défaut », commente auprès du New York Times Shiv Putcha, analyste chez la société d’études IDC. « Quasiment tous les commerçants et les marques en Chine se sont intégrés dans cet écosystème. »

La nouvelle forme de l’argent liquide

Si les billets et les pièces sont en voie de disparition, les consommateurs auront encore longtemps besoin d’argent liquide pour payer les dépenses quotidiennes de petits montants, comme la baguette et le ticket de métro. Mais l’argent liquide pourrait éventuellement circuler sous d’autres formes que la monnaie « fiduciaire », c’est-à-dire les billets ou les pièces. C’est notamment le cas des paiements par mobile, précise à L’Express Dominique Plihon, professeur au Centre d’Économie de l’Université Paris Nord.

« Les formes de circulation de l’argent liquide sont en train d’évoluer très rapidement, car l’évolution de la technologie et du numérique bouleversent le système de paiement, explique-t-il. Nous allons assister, non pas à la disparition de l’argent liquide, mais à celle progressive des formes traditionnelles de la monnaie fiduciaire- billets et pièces. L’utilisation du téléphone portable va devenir le support principal, même pour les petites sommes, chez le boulanger. »

La vitesse avec laquelle les voisins européens au nord et la Chine ont adopté ces nouvelles technologies ne signifie pourtant pas que les autres pays vont suivre tout de suite. Les Allemands préfèrent payer en cash et tiennent notamment beaucoup aux gros billets. En France, l’utilisation des billets et des pièces diminue, mais les consommateurs optent souvent pour le cash pour les petits achats. Les espèces représentent ainsi environ la moitié des transactions en nombre mais seulement 15 % en valeur. Seulement 15 % des Français sortent des espèces pour les montants entre 30 et 100 euros, contre 69 % en Allemagne ou 72 % en Italie.

Vers un système dérégulé

Les paiements par portable, c’est surtout efficace au niveau des utilisateurs. Après les applis de réseaux sociaux ou de géolocalisation, la plupart d’entre eux ont déjà confié à leurs smartphones leurs données personnelles. Une de plus ou une de moins, quelle importance ?

Il s’agit d’une question de confiance, estime Dominique Plihon. Les applis permettent de régler des transactions sans passer par un intermédiaire comme une banque. Ils enlèvent en même temps la sécurité du réseau bancaire régulé.

« Demain, une partie de paiements pourrait se faire par mobile en dehors du système bancaire, par des sociétés qui se proposeront pour faire circuler de l’argent. Ce qui risque d’échapper au contrôle des autorités monétaires et pourrait poser des problèmes de confiance. S’il y a une difficulté, le système bancaire est beaucoup plus sûr, notamment parce qu’il est régulé », commente-t-il.

mm

Comptable en entreprise, je suis de très près l'info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.