Pourquoi Pôle Emploi a peur d’être mis au chômage

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La ministre du Travail Muriel Pénicaud a démenti l’information selon laquelle des milliers de postes seraient menacés à Pôle Emploi. Les syndicats ne sont pas rassurés pour autant.

Les conseillers emploi au chômage? Pôle Emploi et ses 54 000 agents seraient sur la sellette, avec des externalisations de services et des milliers de suppressions de postes à la clé, annonce Le Parisien ce mardi. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a immédiatement démenti sur FranceInfo, se contentant de parler d’une centaine de salariés « en évolution, comme chaque année. » Mais les syndicats sont sur leurs gardes.

« Légère baisse des effectifs en 2018 »

« Il y aura une légère baisse des effectifs en 2018, mais aucun chiffre n’est arrêté pour le moment », reconnaît-on pour L’Express chez Pôle Emploi. Pour la suite de l’évolution des effectifs, qui devrait confirmer la tendance, rendez-vous aux négociations de la convention tripartite 2019-2021 [avec l’Unedic et l’Etat], qui seront lancées l’année prochaine.

 « On s’imaginait bien qu’on ne pouvait pas passer au travers des mesures d’économies, mais je ne vois pas comment on pourrait raboter les effectifs, il y a toujours autant de chômeurs », s’interroge pour L’Express Suzie Petit, présidente de la CFE-CGC Métiers de l’emploi. Peut-être en externalisant certains services, voire en les privatisant? Sur 54 000 agents, seuls 32 000 se consacrent exclusivement au conseil à l’emploi. « Nous sous-traitons déjà certaines prestations, mais nous n’avons jamais externalisé de pans entiers de notre activité », reconnaît la syndicaliste.

La peur d’un scénario catastrophe

« A Bercy, la privatisation complète est sur la table », s’alarme Jean-Charles Steyger, délégué syndical central SNU-FSU, « les ordonnances sur la réforme du code du travail contiennent plusieurs recettes qui permettraient de purger les effectifs. » Un scénario catastrophe, dans lequel rien n’indique que le gouvernement veuille s’engager. Si, par contre, la baisse du taux de chômage selon l’Insee se traduit enfin par une baisse du nombre d’inscrits, il aura un argument tout trouvé pour exiger une cure d’amaigrissement.

 Si ce service public se sent fragilisé, c’est parce que, comme l’a constaté dans un rapport de 2015, la Cour des comptes, « le plus gros opérateur de l’Etat » [en termes d’effectifs] avait « des résultats contrastés. » Or, à l’heure où les fonds publics passent au rabot, il faut prouver l’efficacité du service rendu.

Point noir, le chômage de longue durée

Bon point pour la gestion des dossiers: malgré la hausse de 58% du nombre d’inscrits après la crise de 2008, l’inscription des demandeurs et leur indemnisation fonctionnent bien, notait la Cour en relevant « la satisfaction élevée des usagers. » Mauvais point pour le retour à l’emploi: le nombre des chômeurs de longue durée ne cesse d’augmenter. Plus le chômage dure, moins le conseiller est présent pour le demandeur, relevait même la Cour. Alors que Pôle Emploi compte 5000 agents de plus en 2017 qu’en 2008.

« Seuls 8,8 % des chômeurs retrouvent un travail grâce à Pôle emploi », accuse dans Le Parisien la directrice du très libéral institut Ifrap, Agnès Verdier-Molinié. La Cour des comptes, qui s’est longuement penché sur le dossier n’a, elle, pas été en mesure de produire des chiffres sur l’efficacité du service rendu. « Les indicateurs ne permettent pas de distinguer, dans les reprises d’activité, ce qui tient à l’action de Pôle emploi et ce qui relève d’autres facteurs qui lui échappent », estimait la rue Cambon.

« Pôle emploi ne crée pas d’emplois »

« Il y a peut-être des choses à améliorer, mais Pôle emploi ne crée pas d’emplois, et c’est ce qui manque actuellement pour remettre les seniors au travail », argumente  Jean-Charles Steyger. D’après une étude publiée en 2015 sur l’externalisation de certains accompagnements de chômeurs, Pôle Emploi était plus efficace et moins cher.

mm

Gérant de ma société, je suis passionné par l’actu en général et je participe à la rédaction d’articles pour Repha dans les rubriques Economie et France.