Sur les autoroutes, la vulnérabilité des «hommes en jaune»

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«J’ai entendu un énorme boum. Le temps de regarder, j’ai vu mon camion voler, percuté par un semi-remorque.» Patrouilleur autoroutier, Didier Carton est l’un de ces «hommes en jaune» qui se sentent de plus en plus vulnérables dans le flot de l’autoroute.

Lors du chassé-croisé de ce weekend, il arpentera sa portion de l’A11 au sud-ouest de Paris au volant de son fourgon. Quand il faudra dégager un obstacle, couper une voie ou venir en aide à une personne en panne, il descendra à pied au milieu du trafic vrombissant des trois-voies.

Comme cette fin d’après-midi de février où il intervenait sur un accident. «J’ai arrêté mon fourgon, coupé la circulation sur la file de droite, allumé la flèche (lumineuse sur le camion, ndlr), placé des cônes sur 300 mètres jusqu’à la zone de l’accident. Le dépanneur commençait à charger la voiture», raconte-t-il.

Et puis «un énorme boum». Il voit son fourgon projeté sur 50 mètres sur la bande d’arrêt d’urgence par un camion qui l’a percuté de l’arrière. «D’un coup, tout s’arrête. D’habitude, il y a toujours un bruit de fond sur l’autoroute mais là c’était grand silence. Un peu de fumée, la circulation arrêtée, le silence… Ca refroidit, j’ai été un petit peu blanc sur le coup», confie ce quinquagénaire dans un sourire encore empreint d’émotion.

«C’est les risques du métier», soupire-t-il. Il les assume. Mais il cite aussi de tête le nombre de véhicules de Vinci Autoroutes, le concessionnaire pour lequel il travaille, heurtés en service. «2016: 52 sur l’année. 2017: 53 en six mois».

Fin juillet, le nombre de ces accidents avait atteint 57, selon Vinci Autoroutes.

‘Pas des petits trucs jaunes’

Cette recrudescence vaut sur l’ensemble du réseau autoroutier. En 2016, 124 accidents ont mis en danger les agents routiers, soit plus de deux par semaine, selon l’Association française des sociétés d’autoroutes (Afsa). En 2012, 93 accidents de ce type avaient été recensés.

Et la tendance s’aggrave: sur les six premiers mois de 2017, pas moins de 94 accidents ont eu lieu au total, soit près du double du premier semestre 2016 (50 accidents). En mars, un employé de la Sanef a trouvé la mort après que son fourgon a été percuté par un poids lourd sur l’A1, ce qui n’était plus arrivé depuis 2014. «Quand on entend ça, ça fait un petit frisson», glisse Didier Carton.

Pour ce patrouilleur depuis douze ans, la cause première de ce regain d’accidents n’est pas la vitesse, «qui a beaucoup baissé», mais la somnolence et l’usage du téléphone portable au volant «qui prend une place de plus en plus importante».

Malgré leur tenue jaune fluo et leur connaissance des règles de sécurité, ceux qu’on surnomme «les anges gardiens» pour leur assistance aux personnes en détresse, «les sentinelles» ou «les yeux de l’autoroute» pour leur rôle dans la remontée des informations trafic qui seront relayées sur la radio ou les comptes Twitter de leur concessionnaire, se sentent de plus en plus vulnérables face aux comportements des automobilistes.

Pour préserver la vie de leurs employés, les concessionnaires d’autoroutes multiplient les opérations de sensibilisation.

Sur les 4.422 kilomètres du réseau Vinci Autoroutes, les vacanciers croiseront des messages diffusés sur les panneaux lumineux: «En jaune, c’est mon père et je l’aime», «Touche pas à mon homme en jaune», «En jaune, je suis visible, pas invincible»…

«C’est bien, il faut faire prendre conscience aux gens, que ça rentre doucement dans les esprits», abonde Didier Carton: «Et c’est sympa, ça montre qu’on n’est pas que des petits trucs en jaune qu’on aperçoit quand on passe à 130 km/h. Derrière, il y a un papa, un époux.»

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Rédacteur en chef du site Repha.fr spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.