United Technologies achète Rockwell Collins pour 30 milliards de dollars

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Le conglomérat industriel américain United Technologies a annoncé dimanche avoir conclu un accord pour racheter l’équipementier aéronautique Rockwell Collins, également américain, pour 30 milliards de dollars, dette comprise, une nouvelle étape dans la consolidation du secteur.

Elle survient notamment après le rachat du français Zodiac Aerospace par son compatriote Safran en mai et de l’américain B/E Aerospace par Rockwell Collins l’an dernier.

United Technologies (UTC) va offrir 140 dollars par action Rockwell Collins, soit 23 milliards de dollars, auxquels s’ajoutera la reprise de dette. Rockwell Collins avait clôturé vendredi à Wall Street à 130,61 dollars, mais depuis plusieurs semaines des rumeurs faisaient état de l’intérêt d’UTC pour Rockwell Collins, ce qui avait fait grimper son titre.

«Cette acquisition ajoute des potentialités considérables à nos activités aéronautiques et renforce nos synergies dans les systèmes aéronautiques technologiquement avancés», a souligné le PDG d’United Technologies Greg Hayes, cité dans le communiqué.

«Ensemble, Rockwell Collins et UTC Aerospace Systems vont apporter davantage de valeur pour leurs clients dans un secteur aéronautique qui évolue rapidement en rendant les avions plus intelligents et davantage connectés», a-t-il ajouté.

Bataille sur la maintenance

United Technologies possède déjà dans son portefeuille les réacteurs Pratt&Whitney mais avait vendu les hélicoptères Sikorsky à Lockheed-Martin en 2015.

Il avait acquis dans le même secteur des équipements aéronautiques un autre groupe américain, Goodrich, pour 16,5 milliards de dollars en 2012.

Rockwell Collins, basé à Cedar Rapids (Iowa), fabrique notamment des équipements électroniques, aussi bien pour les cockpits que pour les cabines. Il avait acquis l’an dernier le groupe américain B/E Aerospace pour 6,4 milliards de dollars.

United Technologies, dont le siège est à Farmington (Connecticut), réalise un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 58 milliards de dollars et emploie plus de 200.000 personnes. Rockwell Collins de son côté dégage un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars et emploie 19.000 personnes.

UTC, qui possède aussi les systèmes d’air conditionné Carrier et les ascenseurs Otis, essaie depuis plusieurs années de se renforcer dans le secteur de l’automation et de l’aéronautique. Il avait refusé en 2016 les approches de son compatriote Honeywell, estimant son offre d’achat (90 milliards de dollars) trop faible.

Ses activités aéronautiques représentent un chiffre d’affaires total de 14,5 milliards de dollars. Pratt&Whitney réalise de son côté un chiffre d’affaires à lui seul de 15,1 milliards de dollars.

Mais ce secteur est désormais soumis à une forte pression des constructeurs d’avions qui demandent à leurs sous-traitants de baisser les prix sur les équipements, mais aussi veulent assurer eux-mêmes les opérations de maintenance.

Gros gâteau

«Si d’un coup nous perdons la maintenance, je n’ai plus vraiment d’affaires», avait déclaré fin juillet Gregory Hayes. Pour compenser ce manque-à-gagner, «nous allons devoir repenser la façon dont nous fixons les prix des produits», avait-il indiqué.

L’acquisition de Rockwell Collins va donner à UTC plus de poids dans les négociations avec Boeing et Airbus, les deux premiers avionneurs mondiaux, dans le secteur des services qui englobe la maintenance des appareils et des réacteurs (réparation et révision), la modification des cabines, la connectivité des avions, la gestion des systèmes de navigation aérienne, les services d’ingénierie et de traitement des données d’information, la formation…

Boeing évalue ce marché à plus de 2.500 milliards de dollars sur les dix prochaines années, du fait d’une hausse du trafic aérien mondial et de nouvelles technologies de production, comme l’impression 3D, qui vont profondément modifier le processus industriel. Quelque 31.700 avions de ligne étaient en service en 2016 et ce nombre devrait augmenter de quelque 11.000 appareils d’ici 2025, selon le site spécialisé Aviation Week.

Airbus et Boeing espèrent prendre une part importante de ce gros gâteau, ce qui leur permettrait d’améliorer leur rentabilité affectée par leur concurrence sans merci.

L’avionneur américain a ainsi crée en 2016 une division spécifique, qui vise un chiffre d’affaires de 50 milliards de dollars par an dans les cinq à dix prochaines années.

Le Wall Street Journal évoquait également dimanche un possible éclatement d’UTC après l’acquisition de Rockwell en plusieurs sociétés distinctes selon ses secteurs d’activité afin de leur donner davantage d’autonomie les unes par rapport aux autres et de réduire sa dette totale.

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Prof d'économie et gestion, je rédige des articles pour economie-news dans toutes les rubriques du site selon l'actu du moment.