USA: bras de fer entre Nissan et les syndicalistes dans le Mississippi

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Le conflit entre le constructeur automobile Nissan et le syndicat du secteur automobile américain UAW qui se livre actuellement dans une usine du Mississippi (sud) révèle les divisions politiques, mais aussi raciales qui frappent les Etats-Unis.

Les responsables de l’UAW espèrent obtenir gain de cause dans un conflit qui les oppose à la direction de l’usine et du groupe automobile sur l’ouverture d’une section syndicale sur le site de Canton.

Quelque 3.400 ouvriers de l’usine ont commencé jeudi à voter pour accepter ou non l’ouverture de cette section et les résultats devraient être connus samedi. Environ 3.000 employés à temps partiels et temporaires ne sont toutefois pas autorisés à se prononcer.

«Pour le moment, ceux qui sont contre pensent gagner et ceux qui sont pour le pensent aussi», estime WaShad Catchings, qui travaille sur le site de Canton depuis son ouverture, lors d’un entretien avec l’AFP dans le local de l’UAW (United Auto Workers) en face de l’usine de Nissan.

«Je ne sais pas qui va gagner», renchérit Harley Shaiken, un expert en relations sociales à l’université de California-Berkeley. «Mais je sais que le syndicat va s’accrocher. Ils ont réussi à bâtir un véritable mouvement social autour de l’usine».

Le site, où 80% des ouvriers sont noirs, est situé dans l’une des régions les plus pauvres d’un des Etats les plus pauvres des Etats-Unis. Plus des deux tiers des 711.000 habitants de cette circonscription sont eux-mêmes noirs et pour la majorité descendants d’esclaves dans une région où l’activité principale reste la culture du coton.

Blues

La mécanisation de cette activité a accru la pauvreté et les opportunités économiques sont faibles, tout comme l’accès à l’éducation.

Connue sous le nom du «Delta», cette région est aussi la source du Blues et l’UAW a joué sur la corde raciale et de l’émancipation des noirs pour défendre sa cause auprès d’une communauté qui a profité de l’emploi et des salaires relativement élevés offerts par l’implantation de Nissan en 2003.

Les adversaires de la syndicalisation du site rétorquent que la présence de l’UAW a conduit à la fermeture d’autres usines automobiles ailleurs et que le syndicat a utilisé ses ressources pour soutenir des candidats «libéraux» comme Hillary Clinton, battue par Donald Trump lors de l’élection présidentielle de novembre.

La présence de l’usine a apporté une prospérité importante à la région. «Elle s’est beaucoup agrandie», souligne Kristina Adamski, vice-présidente de Nissan pour les communications, niant que la direction aurait menacé de fermer l’usine si le syndicat s’y implantait.

«L’obstacle le plus important à surmonter quand on veut syndicaliser est la peur», a affirmé récemment le président de l’UAW, Dennis Williams. Il commentait les efforts du syndicat pour s’implanter dans les usines des constructeurs, essentiellement étrangers, implantées dans le sud des Etats-Unis où les salaires sont plus bas et la main d’oeuvre moins syndicalisée que dans la région des Grands Lacs du nord-est du pays, considérée comme le berceau de l’automobile aux Etats-Unis.

Négocier

WaShad Catchings, 37 ans, explique qu’il s’est progressivement rangé aux arguments de l’UAW. «Pourquoi ont-ils choisi une région pauvre?», s’interroge-t-il en parlant de Nissan. «Parce que je suis dans le Mississippi et que je n’ai pas droit à la même chose», juge-t-il à propos d’autres ouvriers du secteur automobile dans d’autres régions.

«Nous ne voulons pas pousser l’entreprise à la faillite, mais nous voulons négocier», ajoute-t-il. «Nissan répète que l’UAW ne peut rien nous apporter. Mais ce qu’ils veulent vraiment dire c’est que ce sont eux qui décident. Nous voulons pouvoir nous exprimer. Négocier ce n’est pas trop demander».

Du fait de l’alliance Renault-Nissan, des parlementaires français sont déjà venus manifester devant l’usine en faveur de l’UAW, ainsi que l’ex-candidat à la primaire démocrate lors de la présidentielle Bernie Sanders.

Mais le syndicat et Donald Trump se sont aussi récemment rapprochés autour de la volonté du président républicain de faire revenir les emplois dans le secteur automobile partis à l’étranger, notamment au Mexique.

Nissan n’est pas le seul constructeur visé par l’UAW. Le syndicat essaie aussi de s’implanter, jusqu’à présent sans succès, dans une usine de l’allemand Volkswagen dans le Tennessee (sud) et cherche aussi à le faire dans celle de Tesla à Fremont (Californie).

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Rédacteur en chef du site Repha.fr spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.