USA: les «Trumponomics» à l’épreuve d’une croissance molle

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Le programme économique et budgétaire de Donald Trump se base sur un rebond durable de la croissance américaine mais la mollesse de cette dernière fait douter plusieurs analystes de l’optimisme de ses objectifs.

Si la croissance de l’économie américaine a été révisée en hausse au 1er trimestre à 1,2% en rythme annuel contre 0,7% annoncés précédemment, cela reste une cadence médiocre par rapport au 4e trimestre (+2,1%).

L’hiver n’est généralement guère propice à l’activité économique et les dépenses de consommation, qui constituent la locomotive de l’économie américaine n’ont progressé que de 0,6%, leur plus faible progrès depuis fin 2009.

Du côté des entreprises, les investissements ont relevé la tête grâce notamment à un bond spectaculaire (+28,4%) des investissements dans les structures, comme les puits pétroliers ou les mines, secteur soutenu par les efforts de l’administration Trump de relancer la production d’énergie.

Mais les «Trumponomics» s’appuient sur le postulat d’une croissance atteignant 3% en 2018 et restant à ce niveau une dizaine d’années. Cela sous-tend notamment ses prévisions budgétaires qui viennent d’être présentées.

La croissance devrait s’accélérer au 2e trimestre, prévoient les économistes. Le baromètre, souvent optimiste, de la Fed d’Atlanta mise sur une croissance de 3,7%, toujours en rythme annualisé tandis que les économistes de Macroeconomics tablent sur 3,2%.

«Mais même avec une expansion autour de 3% au 2e trimestre, cela nous laisse avec un premier semestre à guère plus de 2% de croissance. Et je ne vois pas de raison de croire que les entreprises et les ménages vont dépenser plus dans les mois qui viennent», argumente Joël Naroff, économiste indépendant.

Une comptabilité «nébuleuse»

«Si l’économie doit croître à 3% aussi loin que l’horizon le permet, les entreprises doivent investir beaucoup plus» dans leur outil de production. «C’est la seule façon de relancer la productivité qui jusqu’ici ne va nulle part», a ajouté cet expert.

Le plan de l’administration Trump pour accélérer la croissance est de réduire les impôts – surtout ceux des entreprises -, de déréguler le secteur financier et de relancer les exportations.

«Je sais qu’il y a beaucoup d’économistes qui donnent des raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas structurellement croître à ce rythme mais nous croyons fermement que l’économie peut retrouver un taux de croissance normalisé de 3% ou plus dans ce pays», a insisté jeudi Steven Mnuchin, le ministre des finances de Donald Trump, en défendant son projet de budget 2018 au Congrès.

Depuis 2000, la moyenne annuelle de croissance aux États-Unis n’a pas dépassé 2% en raison de la crise financière de 2008, d’un manque global de progrès dans la productivité et du vieillissement de la population. Ce dernier facteur ne devrait guère s’améliorer si des politiques anti-immigration sont poursuivies. Si l’on remonte toutefois à 1947, la croissance annuelle moyenne a été de 3,2%.

Devant une commission du Sénat, le secrétaire au Trésor a été mis sur la défensive face aux attaques d’élus démocrates qui reprochaient «les calculs approximatifs» du projet de budget.

Certains ont même dénoncé avec vigueur un double comptage des projections de croissance. A écouter le secrétaire au Trésor, les coupes d’impôts vont se financer d’elles-mêmes sans creuser le déficit grâce à la croissance qui va elle-même être suscitée par les baisses d’impôts…

Une mathématique «à faire rougir Bernard Madoff !», a lancé le sénateur démocrate Ron Wayden, évoquant l’escroc de Wall Street, responsable de la plus grosse combine à la Ponzi de l’histoire. «Vraiment nébuleux !», a ajouté son collègue du New Jersey, Bob Menendez.

M. Mnuchin a assuré qu’il n’y avait pas de double comptage et que «ce n’était pas une bêtise»: «nous ne sommes pas assez avancés dans la réforme des impôts pour avoir modélisé tous les impacts», a-t-il expliqué.

Il faudra aussi compter avec la politique monétaire de la Réserve fédérale qui voit les mesures potentielles de relance de Donald Trump comme «un risque à la hausse» à ses prévisions de croissance et d’inflation.

Avec deux hausses de taux déjà anticipées pour cette année, auxquelles s’ajoute la réduction prévue des actifs accumulés après la crise de 2008 qui aura pour effet de resserrer encore le coût crédit, la Fed risque fort de gêner les ambitions de Donald Trump.

mm

Comptable en entreprise, je suis de très près l'info économique et je la partage en écrivant des articles pour le site Repha.fr.